Le tourneur de page – Chroniques

 


 

Passage en Outre-Monde, le tome 1 du Tourneur de Page, fait partie des trente-sept ouvrages sélectionnés par les journalistes du Monde à l’occasion du salon du livre jeunesse 2011 à Montreuil.

En voici la critique :

Dans un futur pas très gai, sous le dôme d’une cité idéale qu’on nomme la “Bulhavre”, le doute n’a pas sa place : “la vie est obligatoirement heureuse”, affirme le “Manuel” d’un mystérieux “Tourneur de page” – à la fois apôtre, fondateur et guide suprême de ce dernier refuge de l’espèce humaine. Chaque individu est surveillé et contrôlé, la pureté génétique est la règle, même les souvenirs sont soumis à l’approbation des autorités. C’est dans ce contexte que deux frères, Alkan et Tahar, découvrent qu’il existe un autre monde, un “Outre-Monde”, hors de la Bulhavre où le libre-arbitre n’est pas qu’un rêve. Sur un canevas classique et dystopique, Muriel Zürcher réussit un roman d’adolescence tout à fait convaincant. En effet, plutôt que d’édulcorer son contexte, elle en rend compte du point de vue d’Alkan et Tahar, laissant filtrer ce qu’il faut de politique et de critique sociale. Il ne s’agit que d’un premier tome, cependant, et l’on est curieux des suivants. Editions Eveil et découvertes, 407 p., 13 €.

Nils C. Ahl

 


 

(extrait de Télérama n°3236 du 21 au 27 janvier 2012)

 


 

 


 

 

Le Télégramme, en la personne de Marianne Anger, a lu le Tourneur de Page.

Alkan vit avec son frère Tahar et ses parents sous la Bulhavre, dernier refuge de l’espèce humaine. Une cité idéale où l’on est « obligatoirement heureux », d’après le manuel du Tourneur de page. Jusqu’au jour où Alkan découvre, par hasard, l’Outre-Monde, un lieu souterrain où sont réfugiés d’autres êtres humains, différents… Et c’est ce droit à la différence qui est au coeur du roman de Muriel Zürcher. Par le biais d’une histoire fantastique, elle parvient à dénoncer un monde dictatorial où la liberté individuelle est sacrifiée. Les adolescents se régaleront avec ce livre à la fois prenant et riche d’enseignements.

Muriel Zürcher, Éveil et Découvertes, 407 pages, à partir de 10 ans, 13 €.

Marianne Anger


 

 


 

Dans les histoires sans fin, Fred Ricou parle du Tourneur de Page :

Sous la Bulhavre, il y fait bon vivre. Si l’on respecte les règles apprises par cœur et dictées pas le Tourneur de Page, la vie y est définitivement une merveille. Pas de violence, pas de crise, pas un mot plus haut que l’autre, tout s’y passe aussi bien que dans le meilleur des mondes… Le jour où Alkan décide de raisonner par lui même et de s’amuser un peu, il doit désobéir aux règles fixées. Il veut à tout prix essayer une sorte de skate-board bricolé par ses soins, mais il ne peut le faire qu’au moment du couvre-feu. Il se lance, roule et patatra tombe. Il aurait pu se relever et continuer si sa misphère, mystérieux objet que chacun cache sur soi et qui régule les émotions, ne s’était pas brisée… Il va alors découvrir que la vie dans, et sous la Bulhavre est peut-être plus compliquée qu’elle n’y paraît et que retrouver son frère alors que ses parents ne se sont pas rendu compte de sa disparition va devenir son véritable leitmotiv.

« Dystopie », c’est presque un nouveau mot. Quand nous disons « presque », c’est pour souligner que ce genre existe depuis de nombreuses années mais que l’on préférait le ranger sous l’appellation « science-fiction »… Muriel Zürcher avoue, elle-même, mal connaître le genre. Et pour quelqu’un qui ne maîtrise pas trop le sujet, nous pouvons avouer que Le Tourneur de Page est une véritable petite réussite. Tous les codes du genre y sont présentés : Une société ultra-contrôlée qui n’y fait pas attention, un héros qui se « réveille » à cette réalité, des résistants, etc… Muriel Zürcher avait, jusque là, écrit des petits romans pour les plus jeunes et s’attaque, avec la nouvelle collection Vendredi soir* d’Eveil et Découvertes, à la tranche d’âge supérieure des 10-12 ans. Bonne idée ! Le plus souvent, la dystopie est “réservée” aux 13 et plus… Une agréable façon, donc, d’aborder ce genre si particulier qui, sans le dire directement, nous fait une sorte de signal de ce qui pourrait se passer dans un avenir… pas si lointain.

Fred Ricou